jeudi 6 janvier 2011

ALTA GRACIA (Cordoba) : de l'estancia jésuite à la maison du Che...


Ecrit par Viviane, voyageuse en Argentine, décembre 2010
"Il me semble bon de quitter la fournaise de Cordoba même si la ville est des plus intéressantes et grouille de vie. Mieux vaut commencer le périple tôt le matin.
Un mini-bus nous emmène et on se fait déposer près de l´estancia jesuitica. On se trouve donc devant un vaste étang qui en fait était le réservoir d eau creuse par les jésuites au 16ème siècle. On longe la berge. Sur la gauche, en contrebas, les restes d'un moulin de la même époque qui permettait a toute la communauté de moudre les céréales. Arrivé au bout, on se rend dans la tour bizarre surmontée d´une horloge qui est aujourd'hui l'office de tourisme.

Commençons donc par l'estancia jésuite. Il ne reste du domaine initial que l'église et le cloître avec les chambres des prêtres et certains ateliers. Ont disparu les logements des indiens et des esclaves noirs,et bien sûr les champs vendus au plus offrant. L'église est baroque et fut décorée par les artistes indiens. Ils vénéraient la vierge (mais avaient-ils le choix?) en qui ils voyaient la Mère. A droite de l'église, le cloître a été aménagé pour mieux faire comprendre la vie de ces jésuites, à qui l'église refusait tout subside et qui devaient travailler dur pour survivre : Ce n'étaient pas n importe qui, ces Jésuites! Fils des autres , ceux qui n'étaient ni indiens, ni noirs, ni métisses... Ces hidalgos avaient une solide formation soit en Espagne soit à l'universite de Cordoba. Leurs estancias étaient sur la route entre Lima (résidence du vice roi et capitale de l'AAmérique du sud) et Buenos Aires, et servaient de relais aux puissants de ce pays. Après l'expulsion des Jésuites que l'on accusa de mille maux, l'estancia sombra dans l'abandon jusqu' aux années 40 : pendant que l'Europe tombait en ruines, l'Argentine relevait les siennes. L' endroit est tranquille, bien ombragé et on a juste envie de se laisser aller... Mais il est temps de reprendre le bâton de pèlerin pour se rendre sur un haut lieu de la révolution des années 50-60 : la maison ou vécut un autre dieu : le Che.

Le jeune Ernesto Guevara souffrait d asthme. C'est pourquoi sa famille s'installa à Alta Gracia : La maison raconte au fil des pièces la vie du Che, en insistant particulièrement sur sa jeunesse. Photos de famille, d'amis , de son école toute proche, de sa nounou (morte en 2005)... On découvre un garçon, puis un jeune homme toujours souriant, ses livres, ses diplômes...Autres salles : autre vie : le voyage en Amérique latine (cf film) sa rencontre avec F. Castro, ses responsabilités politiques mais aussi sa vie familiale, puis le retour en Bolivie, l'abandon des honneurs et de la vie facile pour vivre sa révolution. Enfin la trahison, la blessure à la jambe et ce soldat bolivien qui l'abat alors qu'il était sans défense. On peut lire les dernières lettres qu'il a écrites à ses parents, à sa fille, se doutant que sa fin était proche. (Je me demande ce qu'en a pensé F. Castro quand il a visité cette demeure en 2006). On peut être d accord ou pas avec les idées du Che, mais il a vécu et est mort pour son idéal de liberté.
Cette maison est très émouvante car elle insiste davantage sur l'homme que sur le héros révolutionnaire.

Quelques rues plus loin, autre histoire, celle de Manuel de Falla qui quitta l'Espagne franquiste en 1939. Ce grand compositeur s'installa dans une jolie maison, à l´époque, isolée. Les différentes pièces de la maison, meublée au goût de l'époque, évoquent la vie du compositeur, en insistant sur sa période parisienne. Il mourut en ce lieu en 1949. Il fait très chaud et l'après-midi est déjà bien avancé. On repart vers Cordoba en meditant ou pas sur le sort de ces grands hommes ou en rêvant à une cerveza bien fraîche..."

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